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Interculturel… qu’entendons-nous par-là ?

Interculturel… qu’entendons-nous par-là ? L’approche d’Anthropos :

Quelles cultures ? Les « cultures » dont il est question ici, sont elles-mêmes en mouvement, en transformation. Ainsi que les sciences humaines l’ont prouvé, aucune culture n’est figée, homogène, identifiable de façon théorique et exhaustive. On ne peut qu’observer un groupe culturel dans un espace et un temps donné. Les membres supposés d’une même culture ne sont pas non plus identiques, ils n’y a pas de « communauté culturelle » homogène dans laquelle tous les membres se ressembleraient d’emblée. Il s‘agit donc de penser la culture mais aussi la singularité au sein de chaque groupe culturel.

Qu’est-ce qu’une formation à l’approche interculturelle ? Dans une formation sur l’interculturel, il ne s’agit pas de diffuser des savoirs sur des supposés groupes ethniques « les africains », « les asiatiques », « les américains »… car cette approche est à la fois dangereuse et inefficace :
-  Prenons l’exemple de l’Afrique, quel lien y a-t-il entre un malien et un ghanéen, pour ne citer que l’ouest africain, et à l’intérieur de ces mêmes pays, quel lien y a-t-il entre des personnes d’ethnies différentes, de régions différentes, de langue différente, de milieu social différent, de religion différente, d’histoires familiales différentes, de parcours professionnels différents, etc. la liste pourrait encore s’allonger à l’infini. S’il est rassurant de prime abord pour les acteurs qui accompagnent par exemple des familles migrantes ici, d’emmagasiner des savoirs prétendument culturels, cela comporte en fait le risque de plaquer de nouveaux stéréotypes sur les personnes que l’on a en face de soi.
-  L’exil ou la migration viennent bouleverser considérablement les pratiques, les identités, les cultures. Par exemple, en matière d’allaitement (cf. Etude Adrienne O’Deyé et Clotilde O’Deyé sur Allaitement maternel et précarité, COFAM, 2013), les pratiques entre pays d’origine et pratiques en France sont totalement différentes. En effet, l’identité comme la culture ont une fonction « pragmatique » (cf. Carmel Camillieri) qui permet aux personnes de continuer à être ce qu’elles sont tout en vivant des changements environnementaux importants. En gros, elles doivent s’adapter et faire évoluer (de grès ou de force) leurs habitudes culturelles. Donc même sur un item aussi précis que l’allaitement au sein, la dimension culturelle est en perpétuel mouvement.

Il s’agit donc davantage de travailler à partir d’éléments transversaux, des zones de troubles interculturels, c’est-à-dire des thématiques sur lesquelles des conflits culturels surviennent le plus souvent, par exemple dans son univers professionnel ; on peut citer notamment : organisation des temps et espaces, éducation des enfants, place des hommes et des femmes, organisation familiale, codes de bienséance, relation à l’argent, hygiène et pureté…

Lorsqu’un conflit culturel survient, appelé aussi choc culturel ou incident critique, ce à quoi il faut se former, c’est à une pratique de l’analyse puis de la négociation qui prend en compte la culture de l’autre tel qu’il est là, à cet instant là et dans ce contexte-là, et aussi de sa propre culture dans les mêmes critères. C’est pour cela que l’on parle souvent de communication interculturelle.

Ainsi, dans cette approche interculturelle, il faut être capable de décrypter autant son propre cadre de référence par rapport à la situation en jeu, sur chaque élément de la rencontre, que celui de la personne ou du groupe qui est en face de soi. Pour cela il existe des méthodes spécifiques auxquelles il faut se familiariser pour acquérir des compétences en situation interculturelle.

Le rapport entre les familles et les institutions et l’interculturel en France

En France, notre approche de l’intégration des personnes migrantes est essentiellement assimilationniste, c’est-à-dire (en très bref) qu’elle préconise l’adaptation des familles primo-arrivantes à une culture dominante supposée là aussi homogène.

Cette approche est mise à mal sur le terrain puisqu’elle génère de la frustration, de l’inefficacité en termes d’intégration, et qu’elle est par ailleurs en décalage total avec les principes préconisés par l’Europe en matière d’intégration depuis les années 90-2000. Elle est donc en train d’évoluer.

Pour autant, mettre en place des pratiques interculturelles c’est-à-dire qui permettent de renverser ce paradigme de l’intégration de haut en bas, du dominé au dominant etc. vers une approche ou les deux parties ont à ajuster leurs postures ne va pas de soi. Car cette posture assimilationniste est transversale aujourd’hui à toutes les institutions qui accueillent des familles : structures petite enfance, écoles, hôpitaux, lieux d’accueil du travail social. Dans aucun de ces lieux, la question culturelle n’est abordée, les enfants, clients, patients doivent faire fi de leurs savoirs et savoirs faire pour s’imprégner des pratiques de l’institution ou du pays d’accueil.

Le principe de laïcité est venu appuyer encore sur cette vision, puisque, paradoxalement, tout en garantissant l’égalité, il favorise les citoyens issus de la culture dominante, en cantonnant les éléments culturels et religieux uniquement à la sphère privée et donc en privant les nouveaux arrivants de l’échange culturel dont ils auraient besoin.

L’approche interculturelle est donc aussi une manière de penser un travail plus collaboratif dans les institutions, entre usagers et professionnels.

L’interculturel en matière de partenariat

Les cultures, ce sont aussi les cultures professionnelles qui agissent exactement avec les mêmes leviers que la culture en général (acculturation, intégration, promotion, langage, codes, rituels, hiérarchie, etc.). Améliorer ses compétences en interculturel permet ainsi de penser autrement la question du partenariat et du réseau.

La culture… et les conditions de vie !

Un autre écueil des formations à l’interculturel est de ne ramener les individus qu’à leur bagage culturel. Ainsi, chaque acte, chaque parole d’une personne va être analysée au prisme de sa culture « supposée ». L’exemple des Roms est frappant sur ce point. Peut-on dire que les Roms vivent dans des bidonvilles parce que c’est culturel ? Peut-on dire qu’ils sont nomades par culture, ou plutôt parce qu’ils sont expulsés, et sont donc contraints au mouvement ?

Dans ce registre de prudence, la question de la pauvreté est très importante. On attribue en effet souvent des situations à la culture, sans voir que les contextes de vie très précaires conditionnent en grande partie les personnes.

L’interculturel, c’est donc analyser ce qui relève de la culture, mais aussi prendre garde de ne pas tout observer au prisme culturel, c’est-à-dire adopter une posture culturaliste.




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